Débat sur les primaires ou l'art de perdre son temps


Depuis 1965, date de la première élection du Président de la République au suffrage universel, l’élection présidentielle est avant tout une affaire de rencontre en dehors des partis politiques entre les français et une personnalité porteuse d’un projet, ce qui a été démontré en 2017 par l’élection d’Emmanuel Macron.

Or, en affirmant, dans Le Figaro du 31 août 2021, qu’Emmanuel Macron n’incarne « ni la droite, ni le centre », alors que chacun sait qu’il n’est pas davantage « de gauche », le Président du Sénat, Gérard Larcher, a au fond reconnu que choisir un candidat au travers d’une primaire ou d’un système de départage n’a aucun sens.


C’est par ailleurs un fait avéré que les français n’ont plus confiance dans les partis politiques et que la primaire de la gauche de 2012 a abouti à la désignation d’un aliboron et celle de la droite de 2017 à investir un élégant Tartuffe !


Au surplus, la progression de l’abstention est un signal sévère adressé aux partis politiques, « Une manifestation spectaculaire d’une crise de foi républicaine. », pour reprendre l’expression de Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier.


Sur la base de quelle légitimité les partis pourraient-ils encore se substituer aux français pour choisir un candidat au terme d’un process de « selectorat », qui a toujours été en France une source de confusion, de rivalités, de rancœurs et de manipulations ?


Le process d’une primaire est une telle supercherie et si complexe à mettre en œuvre que même au terme de leur exhaustive et pertinente étude publiée par la Fondation pour l’Innovation Politique en août 2021, Florence Morel et Pascal Perrineau n’ont pu aboutir qu’à une conclusion dubitative pour cette étrange mode de sélection.


J’attends donc avec impatience le questionnaire qui sera adressé aux adhérents des Républicains pour éclairer leur congrès du 25 septembre, ainsi que les réflexions de Jean Leonetti qui après son ouvrage sur « le principe de modération » sera à même d’en publier un nouveau sur « l’art de perdre du temps ».


Il ne faut pas davantage oublier que la primaire de 2017 a non seulement abouti à un échec, mais a également fait exploser la droite, puisque deux de ses participants ont fini avec « leurs écuries » par rejoindre Emmanuel Macron.

Aujourd’hui, force est de constater que la multiplication des comités de soutien et des appels d’élus, qui se transforment en influenceurs pour vanter les mérites des uns et des autres, aggravent les divisions.


Au surplus, le retrait récent de Bruno Retailleau et de Laurent Wauquiez, annonce pour les semaines à venir de misérables manœuvres de négociations sur la base d’arguments que personne ne peut prendre au sérieux : « Je ne suis pas le mieux placé » nous dit l’un ; « Je ne veux pas ajouter à la division » nous dit l’autre, déjà branché sur 2027.


J’invite également à relire l’appel du 7 juillet 2021 publié dans Le Figaro sous le titre « Nous en remettre d’abord au peuple plutôt qu’aux sondeurs et aux commentateurs », signé par Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau et Hervé Morin, qui a de quoi laisser songeur puisque deux des signataires se sont retirés de la compétition, qu’Hervé Morin n’engageait que lui, sans concertation préalable avec la famille centriste, et que Valérie Pécresse, qui prétend incarner à la fois deux personnalités étrangères, Angela Merkel et Margaret Thatcher, revendiquait de participer à la primaire organisée par un parti politique dont elle n’est plus membre puisqu’elle a préféré créer sa propre formation.


Selon les signataires de cette chronique partisane, le « selectorat » des Républicains serait donc le peuple, auquel on entend au surplus soutirer une participation financière pour avoir le droit de s’exprimer !


Force est de constater que de ce point de vue, Xavier Bertrand, fidèle à son électorat populaire, n’est pas tombé dans le piège de la primaire en annonçant qu’il n’y participerait pas. Bien mieux, contrairement à ses concurrents à droite, il a annoncé, sans aucune équivoque, qu’il ne se présenterait pas à la présidentielle en cas d’échec aux régionales, et alors même que la transparence sur ses intentions a mobilisé les troupes d’En Marche, qui ont envoyé pas moins de cinq ministres pour tenter de lui infliger un revers électoral, précisément parce que c’est le concurrent qu’ils craignent le plus !


Xavier Bertrand est le seul à avoir été aussi clair, ce qui discrédite sérieusement les muets des régionales qui, après coup, instrumentent la primaire pour en faire la promotion d’un rassemblement illusoire, alors que c’est au contraire l’organisation du désordre.


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